"Depuis dix ans, les bistrots et terrasses de Paris disparaissent au profit des sandwicheries, des fast-foods et des restaurants exotiques, et avec eux c'est l'art de vivre, le partage, le brassage ethnique, confessionnel et social qui disparaissent", explique à l'AFP Alain Fontaine, propriétaire du Mesturet, un bistrot du quartier de la Bourse à Paris.

L'association qu'il préside va déposer en septembre un dossier de candidature pour l'inscription par l'Unesco sur sa liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité des bistrots et terrasses de Paris, afin de "protéger" ces "lieux familiaux qui portent une véritable culture populaire".

Le dossier sera remis au ministère de la Culture, chargé de présenter les candidatures à l'Unesco en mars 2019, pour une décision au plus tôt en décembre de la même année ou en janvier 2020.

Selon M. Fontaine, Paris compte aujourd'hui un peu moins d'un millier de bistrots, sur un total de 14.000 points de restauration: ils ne représentent plus que 14% de la restauration de la capitale, contre 25 à 30% il y a encore 20 ans.

Pour l'association, qui doit exposer sa démarche lundi à la presse, la "tradition populaire des bistrots" est "en danger", en raison entre autres de "loyers spectaculairement en hausse, sous la pression de grands groupes notamment agro-alimentaires".

S'ils étaient inscrits au patrimoine mondial de l'humanité, ces établissements pourraient alors être labellisés "Art de vivre Bistrots et terrasses de Paris", indique M. Fontaine.

La démarche est soutenue notamment par des "amoureux des bistrots" tels que les acteurs Jacques Weber, Pierre Arditi, Jean-Pierre Darroussin, Charles Berling, Jean-Michel Ribes, Yolande Moreau et François Morel, Stéphanie Bataille, ou encore la chanteuse Marianne James.

Transmission difficile

"Nous voulons élever le peuple de Paris au rang d'élément culturel, car les touristes ne viennent pas seulement voir la Tour Eiffel ou le musée du Louvre, ils sont aussi là pour rencontrer le peuple de Paris sur nos terrasses", affirme M. Fontaine.

Et du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet à "Midnight in Paris" de Woody Allen, les bistrots, à l'instar des berges de la Seine, font partie de l'imaginaire de la ville et servent souvent de décor aux quelque 900 tournages qui s'y déroulent chaque année.

Amélie Poulain, serveuse au Deux Moulins, aux Abbesses

Amélie Poulain, serveuse au Deux Moulins, aux Abbesses © DR

"L'Association pour l'inscription au patrimoine immatériel des bistrots et des terrasses de Paris pour leur art de vivre" rappelle aussi qu'après les attentats du 13 novembre 2015, "les Parisiens ont envahi les terrasses" pour "démontrer qu'ils trouvaient là des lieux symboles d'art de vivre, de brassage et de liberté(s)". "Dans une société de plus en plus standardisée", ils "portent une véritable culture populaire", estime-t-elle.

Or la transmission et l'apprentissage se font difficilement dans ces établissements dont l'exploitation est un vrai sacerdoce, estime M. Fontaine. "On y est de 7 heures du matin à 23 heures: des vies passent là, avec des enfants élevés dans des bistrots", dit-il.

"Très peu d'entre eux veulent reprendre le bistrot de leurs parents: nous voulons qu'ils soient fiers d'eux", affirme le restaurateur. "Si nous sommes inscrits au patrimoine mondial de l'humanité, ils resteront dans nos bistrots et les reprendront, les sauveront", espère-t-il.

Le Conseil de Paris a quant à lui voté récemment un "voeu" pour voir classés par l'Unesco les bouquinistes installés sur les berges de la Seine. En 2010, le "repas gastronomique des Français" avait été inscrit au patrimoine immatériel de l'humanité.